Marcel Trudel, préposé à l'information

PAS SI BORGNE QUE ÇA, UN DRONE

Le petit appareil roule en bout de piste à midi et personne n’est à bord. Les trois pilotes qui télécommandent le MISKAM appartenant à la compagnie israélienne Aéronautics, installée au Centre d’Excellence sur les Drones (CED) à l’aéroport d’Alma, sont bien installés dans le poste de pilotage sur la terre ferme.

Mission : Patrouille de détection et repérage thermique dans un périmètre quadrilatéral déterminé par Vincent Demers, directeur du développement et des services spécialisés à la SOPFEU, initiateur du projet.

Pendant une quinzaine de minutes, sans dévier de l’espace qui lui est assigné au dessus de la piste, ces pilotes à distance font monter l’aéronef à 15 000 pieds avant de le diriger vers sa mission qu’il atteindra en suivant un corridor bien précis. Sur les six écrans, nous pouvons observer la trajectoire du vol en temps réel, les instruments avioniques traditionnels et les images captées par les différentes caméras HD thermiques et infrarouges, fixées à l’extérieur sur la carlingue de cet aéronef sans pilote.

Au sol, en suivant les indications de Vincent afin de simuler un incendie, une équipe met le feu dans un baril rempli de bûches. Et plus loin, faisant office de feux disséminés, dix récipients de combustible à fondue sont allumés et disposés çà et là. L’objectif de cette mission est d’abord de repérer le foyer principal et de localiser les sources de chaleur ensuite. À 13 h 50, le drone est parvenu à repérer le foyer principal durant sa phase « patrouille de détection ». Ensuite, le drone s’engage dans la deuxième phase de son vol téléguidé soit, le repérage des points chauds au sol (mission de thermovision). Il parvint à en découvrir 8 sur les 10 allumés, ce qui constitue en soi un exploit.

Ouvert à la nouvelle technologie qui offre des possibilités intéressantes


Pour Vincent Demers, cette technologie offrant une autonomie de 15 heures de vol, pourrait éventuellement prolonger la plage horaire des missions de thermovision conventionnelles héliportées. En pleine nuit, en l’absence de pollution thermogénique, le drone pourrait cartographier les points chauds sur un incendie. Ainsi, au matin, les éléments nécessaires pour déployer de manière optimale les équipes de suppression seraient disponibles. En septembre, un essai nocturne a été réalisé afin de valider le plein potentiel de cette technologie. À cette occasion, des chandelles ont été utilisées afin de diminuer l’intensité des foyers et de valider toute la performance de cette technologie. Malgré tout, les résultats ont été très positifs. Toutefois, avant de voir ce genre d’équipements dans nos opérations courantes, plusieurs contraintes devront encore être résolues. La principale étant l’obligation d’obtenir l’approbation de Transports Canada à chacune des missions. Cette contrainte est incompatible avec l'atteinte de nos objectifs opérationnels. Enfin, l’aspect économique devrait aussi être sérieusement analysé pour s’assurer d’un ratio coûts-bénéfices acceptable et avantageux.

Le 6 novembre prochain, le Québec présentera sa position aux autres provinces canadiennes. En attendant, les rouleaux de papier de toilette continueront à être déroulés pour identifier des cibles… incandescentes.

 

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